1903 — 1960 / Architecture

Maurice
Houyoux

Construire la ligne. Composer la fonction. Donner à l’espace une présence silencieuse.

Bibliothèque royale Albert Ier
Origines et formation

L’architecte comme constructeur, plasticien et poète

Maurice Houyoux naît le 15 novembre 1903 à Uccle. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles puis à Paris, il traverse une époque où l’architecture cherche davantage de sobriété et d’ordre. Les influences de Perret, Le Corbusier et Dirk Roosenburg l’orientent vers une architecture fonctionnelle mais jamais sèche. Chez lui, la fonction ne remplace pas l’art : elle le provoque. La beauté doit naître de l’organisation, de la lumière, du détail et d’une composition qui reste lisible.

Portrait de Maurice Houyoux par Albert Crommelynck
Portrait de Maurice Houyoux par Albert Crommelynck, dans son entièreté.
Mont des Arts

La Bibliothèque Royale Albertine

Le projet de l’Albertine est intimement lié à l’aménagement du Mont des Arts. Il rassemble bibliothèque, galeries, bureaux, palais des congrès, archives royales et parking. Houyoux doit concilier le caractère représentatif d’un mémorial national avec les contraintes fonctionnelles d’une bibliothèque moderne. Sa réponse repose sur une organisation claire : séparation des zones publiques et administratives, entrées distinctes, axes lisibles, monumentalité sobre et classicisme moderne. Le chantier connaîtra remaniements, polémiques et contraintes financières, mais l’ensemble conserve une grande homogénéité jusqu’à son inauguration en 1969.

Expo 58

L’Exposition Universelle

Avec Diongre et Jean Hendrickx-Van den Bosch, Maurice Houyoux est nommé architecte en chef de la section belge et coloniale de l’Expo 58. Cette section occupe une place majeure sur le site et cherche une expression contemporaine, claire et unifiée. Houyoux supervise la cohérence technique et scénographique des pavillons afin de mettre en valeur les thèmes exposés sans surcharge décorative. Son rôle n’est pas seulement de construire : il orchestre une lecture d’ensemble, entre circulation, implantation, volumes et mise en scène nationale.

FN Herstal / Saint-Michel / Aix-la-Chapelle

L’architecture industrielle

De 1927 à 1931, Houyoux travaille pour la Fabrique Nationale. À Herstal, Saint-Michel-lez-Bruges et Aix-la-Chapelle, le projet part d’un problème concret : circulation des matières, des produits, des ouvriers et des machines. Les magasins, sheds, ateliers, ponts roulants, monorails et escaliers deviennent les composantes d’une architecture où la logique industrielle produit elle-même une forme forte. Les questions d’éclairage, de ventilation, de structure en béton armé ou en métal ne sont pas traitées comme de simples contraintes techniques : elles fondent le langage architectural.

Résidentiel bruxellois

Avenue Brugmann

L’avenue Brugmann illustre la manière dont Maurice Houyoux transpose sa rigueur de composition dans l’immeuble à appartements. Les longues horizontales, l’arrondi d’angle, les rapports entre plein et vide et la lisibilité des façades témoignent d’un modernisme sobre, urbain et mesuré. L’immeuble Claire Maison, au 421 avenue Brugmann, devient l’une des expressions les plus claires de cette recherche : un bâtiment rationnel, mais attentif à la qualité des proportions, aux détails et à l’usage quotidien.

Résidentiel / Uccle

Villa Ehring

La Villa Ehring révèle une autre facette de Maurice Houyoux. Ici, le langage moderne se fait plus domestique, plus libre, sans perdre l’attention aux volumes simples et aux détails. La toiture plate, les courbes, les garde-corps et le jeu des ouvertures composent une architecture résidentielle où l’asymétrie est maîtrisée. Cette maison montre comment Houyoux peut faire dialoguer la modernité architecturale avec une présence plus intime, presque pavillonnaire.

Modernisme tropical

La Banque du Congo Belge

À partir de la fin des années 1940, Houyoux reçoit des commandes pour la Banque du Congo Belge à Léopoldville, Stanleyville, Bukavu et Luluabourg. Son modernisme s’adapte au climat : lumière, chaleur, ventilation, protection solaire et fraîcheur deviennent des données majeures. Il reconnaît dans les architectures locales des stratégies efficaces contre le soleil et cherche à les traduire dans un langage contemporain. Ces bâtiments participent à la transformation urbaine de Léopoldville et à une réflexion plus large sur l’architecture tropicale.

1949 / avenue Louise

La Fontaine du Poète

En 1949, Maurice Houyoux et Joseph Diongre conçoivent le monument Odilon-Jean Périer, aussi appelé Fontaine du Poète, à l’extrémité de l’avenue Louise. Le monument, en pierre reconstituée rehaussée de bronze, accompagne un banc et une vasque où sont gravés des vers du poète. Érigée par les amis de Périer à l’initiative du Séminaire des Arts, la fontaine traduit dans l’espace public une mémoire littéraire. Elle relie directement les deux frères : George publie les poèmes de Périer, Maurice participe à l’inscription de son souvenir dans la ville.

Réalisations complètes
  • 1927, magasin et bureaux à Anvers
  • 1928-1931, usine de la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre, Herstal-lez-Liège
  • 1928-1931, usine de la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre, Saint-André-lez-Bruges
  • 1928-1931, étude pour la construction de l’hôpital du Château rouge à Herstal
  • 1928-1931, transformation de boutique, Liège
  • 1928-1931, transformation de deux boutiques, Bruxelles
  • 1932-1938, immeuble à appartements, 307 avenue Brugmann, Uccle, existant
  • 1932-1938, concours pour la salle des fêtes de la place Eugène Flagey, Ixelles, non réalisé
  • 1932-1938, étude pour un bassin de natation, Molenbeek
  • 1933, maison double Fructidor, avenue Henri Pirenne, Uccle, existant
  • 1935, immeuble Claire Maison, 421 avenue Brugmann, Uccle, existant
  • 1935-1938, cinq étages de locaux industriels dans un immeuble, Bruxelles, avec Joseph Diongre
  • 1935-1938, immeuble à appartements avec six appartements, Ixelles, avec Joseph Diongre
  • 1935-1938, transformations de divers magasins, Heusden
  • 1935-1938, concours pour l’église d’Uccle, troisième prix, non réalisé
  • 1935-1938, immeuble à appartements, Bruxelles
  • 1936, appartements rue François Dons, Ixelles, existant
  • 1936, rez-de-chaussée commercial, chaussée de Waterloo 250, Saint-Gilles, existant
  • 1936, rez-de-chaussée commercial, chaussée de Waterloo 256, Saint-Gilles, existant
  • 1937, rez-de-chaussée commercial, chaussée de Waterloo 252, Saint-Gilles, existant
  • 1937, hôtel Ehring, avenue Hamoir, Uccle, existant
  • 1938, projet “Mesure pour mesure” pour la Bibliothèque Albert Ier au Jardin Botanique, non réalisé
  • 1939-1969, Bibliothèque Royale Albert Ier au Mont des Arts, Bruxelles, avec Roland Delers et Jules Ghobert, existant
  • 1939, cinéma de la Collectivité des Armuriers à l’Exposition de Liège, détruit
  • 1939, étude pour la cité ouvrière Plein Ciel, Herstal
  • 1939, château d’eau, Bruges
  • 1949, monument Odilon Jean Périer, avenue Louise, Bruxelles, avec Joseph Diongre, existant
  • 1949, agrandissement d’une villa à Hoog-Poort, Gand
  • 1950 ca, projet de décoration de la salle Henri Le Bœuf au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
  • 1950-1955, pont de la place de la Justice, avec Maxime Brunfaut, existant
  • 1953, usine Nolf, Courtrai
  • 1955, Athénée Royal de Thuin avec internat, avec M. Baeken
  • 1958, section coloniale belge pour l’Exposition Universelle de Bruxelles, avec J. Sténion
  • s.d., Le Nouveau Port, maison personnelle, 3 Mosweg, Nieuport
  • 1928-1931, usine de la Fabrique Nationale d’Armes de Guerre, Aix-la-Chapelle, Allemagne
  • 1928-1931, étude pour les usines M.A.P., Saint-Denis, France
  • 1935-1938, étude pour les bâtiments de bureaux de la société L’Oréal, Paris, France
  • 1948-1958, Otraco, immeubles à appartements, Kinshasa, République démocratique du Congo
  • 1948-1958, siège de la Banque du Congo belge, Kinshasa
  • 1948-1958, siège de la C.C.C.I., Kinshasa
  • 1948-1958, constructions pour Interfina, Sedec, H.C.B. et Ollivant, Kinshasa
« La fonction n’est pas la limite du projet. Elle est son point de départ. »